Donc il y a une hiérarchisation des civilisations??? C'est un débat ouvert récemment par le grand rhéteur préfet nommé ministre qu'est Claude Guéant. Il s'appuie sur une pensée de l'histoire que, ma fois, l'histoire usuelle de la musique enseignée, au moins jusqu'à la fin du 20ème siècle, dans les écoles, collèges, conservatoires français ne dénierait pas. Rousseau, grand penseur de la musique et de l'humain, en serait horrifié, lui qui, sans mettre de hiérarchie, fut un des premiers européens à incorporer un air chinois dans un ouvrage de musique. Ce qui suit est le début de la présentation que j'ai faite à l'Ircam le 12 février 2010 lors du colloque "Comment analyser l'improvisation". Elle s'intitulait:
Third Stream v. Free Jazz, de Gunther Schuller aux musiques actuelles improvisée en passant par la rencontre de Edgar Varèse avec Charles Mingus


En ce qui concerne l'improvisation, et en fait la musique en général, il me semble malheureusement nécessaire d'établir des catégories du type populaire, classique, savant, Jazz etc. Je dis cela parce qu'il me semble que chaque catégorie peut ensuite être divisée mais aussi reliée au sens mathématique/métaphorique des foncteurs. C'est à dire que l'on doit parler de catégories uniquement si on est capable de les relier entre elles, d'établir des ponts, sinon il s'agit d'ostracisme!
Une des catégories souvent avancée en musicologie relativement récemment est la catégorie "savante". Or cette catégorie est mise en général en relation avec la catégorie classique, alors qu'à mon sens, elle peut aussi être mise en relation avec les catégories Jazz, Rock, Non-european, aural etc.
Marc Chemilier, par exemple, a montré que dans des cultures dites relevant de l'auralité, une pensée savante se développe en dehors souvent de concepts habituellement reconnus dans les universités occidentales.
En ce qui nous concerne, il s'agit d'établir des ponts entre musiques classiques, savantes, Jazz, musiques relevant de l'auralité et musiques improvisées.
On peut dire que jusque dans les années 70 la formation du musicien et son origine ethnique étaient déterminantes dans son insertion, imposée de l'extérieur (c'est à dire par autrui) ou à cause de ses choix esthétiques, dans une catégorie ou une autre.
Par exemple, Herbie Hancock ne s'est intéressé au jazz professionnellement que très tardivement et ce, par l'intermédiaire d'un musicien de Jazz blanc: Chris Anderson. Dans le fond, il était clairement un musicien classique ayant joué Mozart   à 11 ans en concert avec le Chicago Symphony Orchestra!
D'autre part des musiciens tels que Archie Schepp rejette clairement le mot jazz même si à la fin d'un entretien à France Culture (Sur les Docks, 01/02/2008) il se dit Jazz man. De part sa formation, Archie Schepp vient du théâtre! Il étudie la dramaturgie au Goddard College de 1955 à 1959, mais les aléas du métier de comédien et son origine ethnique le poussent, professionnellement, vers la musique dite Jazz .

On pourrait en conclure que Jazz est un mot fourre-tout, d'ailleurs en 1966 lorsque l'on demandait, lors d'une tournée au Japon, à John Coltrane comment il catégorisait la musique qu'il faisait, il répondait:

"J'ai peut-être tort, mais le terme "musique classique", à mon avis, veut dire musique d'un pays jouée par les compositeurs et musiciens de ce pays, plus ou moins, par opposition à la musique sur laquelle les gens dansent ou celle qu'ils aiment chantonner, la musique populaire... Il y a différents types de musique classiques à travers le monde... En ce qui concerne le style, si vous me demandez ce que nous jouons, il me semble qu'il s'agit de la musique de collaborateurs individuels. Et si vous vous voulez lui donner un nom quelconque, vous pouvez l'appeler musique classique."

 

ref. http://www.ircam.fr/concerts_spectacles.html?event=818&L=0

 

© Frédéric Maintenant 2012